Journal de bord d'un périple au long cours sur les océans Atlantique et Pacifique sur notre voilier "Ramatoa". Il relate l'avancement du projet du début à son aboutissement... du "Rêve à la Réalité".
La réalité est tout autre car dès que nous nous éloignons de la côte de Fortaleza nous touchons un bel alizé de sud-est et à la limite du plateau continental nous bénéficions en prime d'un courant favorable de 1,5 à 2,5 noeuds ! Au travers dans de telles conditions tous les bateaux marchent bien et Ramatoa se régale en de longues glissades sur l'océan Atlantique.
La suite du parcours est plus chaotique car les grains se multiplient en fin de journée quand les cummulo-nimbus bourgeonnent à l'horizon. Derrière les grains le vent tombe et la pétole s'installe... le moteur reprend du service pendant de longues heures. A notre plus grand plaisir, les dauphins viennent régulièrement jouer devant l'étrave de Ramatoa. Nous sommes toujours d'aussi médiocre pécheurs, ce qui n'est pas le cas de Vincent qui a pris un bel espadon voilier de 30-35 kg !
Nous naviguons sur des sondes de 15 à 25 mètres, les pécheurs, non éclairés la nuit sont nombreux, la veille de jour et de nuit est pénible. Les filets sont nombreux et très mal balisés, nous prenons l'hélice de notre hydrogénérateur dans un filet et cassons une des pales, heureusement il y en a une en stock !
A l'approche de l'amazone, le beau bleu profond de l'Atlantique vire insidieusement au vert puis carrément au marron dès que nous embouquons le rio Para, accompagné de trois autres voiliers du rallye (Glen Feeling, Berlingot et Opsis). La nuit tombe, le ciel est barré de noir par des grains orageux gigantesques, il nous reste encore 50 milles à parcourir entre les bancs de sable sur le rio Para pour atteindre notre destination : Soure sur l'île de Marajo. Le courant de marée nous aide dans notre remontée mais il s'inverse et nous gagnons péniblement les derniers milles au moteur.
Vers une à deux heures du matin dans la nuit du 1° mars, nous quittons le rio Para pour entrer dans le rio Paracauari et rejoindre le petit mouillage devant la ville de Soure. Il est près de trois heures du matin quand l'ancre crochée au fond du fleuve nous tombons dans les bras de Morphée.
Nous achevons là notre lente remontée du Brésil pour atteindre le bassin de l'Amazone sur lequel nous allons maintenant naviguer pendant plus de deux mois. Nous avons le sentiment de rentrer dans un univers nouveau et passionnant !
Cette dernière traversée (640 milles en 4 jours ½) a été superbe dans sa première partie avec du bon vent, du beau temps et de la belle mer.... les records de vitesse et de distance parcourue en 24 heures en attestent !